Digitalisation des coopératives agricoles : pour 50% des coopératives agricoles, le digital est une source d’optimisation des processus catalyseur de leur transformation

Digitalisation des coopératives agricoles : pour 50% des coopératives agricoles, le digital est une source d’optimisation des processus catalyseur de leur transformation
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Le monde agricole, plus équipé que la moyenne, est historiquement précurseur dans les nouvelles technologies. Selon la dernière étude du cabinet d’audit et de conseil PwC, menée auprès de 11 coopératives agricoles françaises et étrangères, ces dernières identifient le digital comme un enjeu clé pour leur activité. 50% des coopératives agricoles interrogées assimilent le digital à une révolution alors que l’autre moitié le considère comme un catalyseur de transformation de leurs activités et d’optimisation de leurs processus. La France n’est pas en reste puisque les coopératives agricoles françaises interrogées sont déjà bien avancées sur le terrain des usages digitaux.

Le digital, un accélérateur de transformation qui impacte toute la chaîne de valeur des coopératives agricoles

Les technologies digitales ont un impact sur l’ensemble de la chaîne de valeur des coopératives, de l’amont jusqu’à la distribution et favorisent le développement de nouveaux usages : l’agriculture de précision, l’exploitation des données, la dématérialisation des échanges et la traçabilité avancée.

Impacts de la transformation digitale sur la chaîne de valeur des coopératives agricoles

 

  • Agriculture de précision : les ruptures sont à venir

Les nouveaux outils digitaux permettent de démultiplier les opportunités de l’agriculture de précision. Ce nouveau type d’agriculture, qui consiste à produire mieux et plus en limitant l’utilisation des ressources à travers le recours à des technologies telles que les drones, les GPS, les capteurs ou les objets connectés, fait l’unanimité au sein des coopératives agricoles. Toutes les coopératives interrogées accompagnent aujourd’hui leurs adhérents dans l’utilisation d’une agriculture de précision et sont convaincues de l’intérêt des techniques de précision offertes par le digital. Les coopératives  proposent aujourd’hui à leurs adhérents différents services qui seront, à terme, intégrés de façon globale.

Selon Baptiste Bannier, Directeur chez PwC responsable du secteur Agribusiness : « L’avenir de l’agriculture de précision reposera sur la capacité des coopératives à exploiter des données à une maille de plus en plus fine afin de définir la solution optimale, au regard d’un environnement complexe et ouvert aux aléas météorologiques, ainsi que d’un cycle long de production des données. Nous estimons que nous ne sommes qu’aux prémices des possibilités offertes par la technologie digitale pour ce type d’agriculture. »

  • L’exploitation des données au bénéfice d’une approche prédictive

L’étude de PwC révèle que 90% des coopératives collectent, stockent et exploitent les données agricoles de ces outils digitaux pour mieux conseiller leurs adhérents. En effet, les données récoltées par les divers capteurs doivent permettre, quand elles sont exploitées efficacement, d’anticiper les scenarii, d’optimiser les productions et ainsi, d’avoir une longueur d’avance dans la prise de décision. Or, la moitié des coopératives interrogées juge que l’exploitation des données reste complexe et problématique, notamment dans une logique prédictive. Face à cette complexité, 60% des coopératives interrogées se sont associées entre elles, ou avec des fournisseurs, des start-up voire des universités pour avancer plus vite sur cette problématique.

Les relations entre les différents acteurs de la chaîne coopérative – leurs adhérents, leurs fournisseurs, leurs clients et même leurs collaborateurs – sont facilitées par le digital.

o    Relations coopérative-adhérents : on assiste à un phénomène de  multiplication des plateformes et applications proposées aux agriculteurs par les coopératives : la majorité des coopératives interrogées reconnait mettre la priorité sur les échanges avec ses adhérents (sites internet pour leurs adhérents, digitalisation des factures et des relevés de compte, fourniture de tableaux de bord, MOOC…).

o    Relations coopérative-collaborateurs : plus de la moitié des coopératives agricoles interrogées indiquent également travailler sur l’exploitation des approches collaboratives en interne, tels la mise en place d’intranets collaboratifs, ou la dématérialisation des réunions.

o    Relations coopérative-clients : alors que les 2/3 des coopératives interrogées cherchent à réduire la distance avec leurs consommateurs finaux, le digital contribue à la création de nouveaux modes de communication plus directs avec les consommateurs (via les réseaux sociaux), à une meilleure connaissance des clients (via les CRM, les bases de données) et, enfin, la création de nouveaux canaux de vente et l’émergence de circuits courts de vente directe (via les plateformes de e-commerce).

  • Une traçabilité beaucoup plus fine grâce au digital

En réponse aux différents scandales sanitaires de ces dernières années, l’origine du produit est devenue l’une des préoccupations majeures du consommateur. Les coopératives ont donc saisi depuis longtemps l’enjeu majeur que représente la traçabilité ; 50% d’entre elles réfléchissent aujourd’hui à une approche de la gestion de la traçabilité plus poussée, de la fourchette à l’assiette

« A l’ère du digital, l’ensemble des données enregistrées au cours du processus de production et de transformation permettent d’alimenter un système de traçabilité beaucoup plus fin et d’assurer une meilleure maîtrise de la chaîne logistique, source de création de valeur », explique Baptiste Bannier. 

Des défis restent à relever pour réussir pleinement cette transformation digitale

Si la digitalisation des coopératives agricoles est déjà bien avancée, elle se confronte à des enjeux métiers, technologiques, humains et règlementaires.

  • De nouveaux entrants viennent se positionner sur la chaîne de valeur des coopératives, notamment via des approches de désintermédiation et d’intermédiation. De nombreuses start-ups viennent concurrencer les coopératives sur leurs activités historiques mais également proposer de nouveaux services aux consommateurs, obligeant les coopératives agricoles à faire évoluer leur stratégie et à se positionner elles-mêmes sur ces nouveaux services.

De nouveaux modèles apparaissent, notamment portés par une génération de start-up innovantes

  • Les coopératives agricoles doivent également repenser leurs systèmes d’information afin de garantir leur exploitation effective. Les partenariats avec des start-ups et universités innovantes, déjà amorcés par certaines coopératives, sont un des facteurs clés de succès de leur transformation digitale. De plus, elles ont tout intérêt à solliciter l’interne et l’externe au travers de la création d’incubateurs internes et engager de la communauté publique avec « l’Open Innovation ».
  • Au-delà de la technologie, le succès de cette transformation réside dans la prise en compte de l’humain et de ses enjeux au travers une gouvernance adaptée, une équipe où les compétences évoluent au profit de nouvelles fonctions propres au digital et de méthodes de travail adaptées, plus agiles, collaboratives et décloisonnées. 
  • Enfin, il n’existe pas de législation homogène entre les pays sur les données agricoles. Ainsi, un cadre juridique doit être créé, notamment en France, pour protéger les données qui ont une forte valeur ajoutée une fois qu’elles sont exploitées. Les coopératives réalisent un travail pédagogique auprès de leurs adhérents pour leur démontrer en quoi et comment la valeur produite par leurs données sera à terme redistribuée.

Sabine Durand-Hayes, associée chez PwC Responsable du secteur Distribution & Biens de consommation, conclut : « Les coopératives agricoles françaises n’ont pas à rougir de leur maturité digitale. Elles ont lancé depuis plusieurs années de nombreuses initiatives innovantes afin d’expérimenter des nouveaux usages ou services. Aussi, le digital est aujourd’hui pour elles un catalyseur de transformation de leurs activités et d’optimisation de leurs processus, davantage qu’une révolution de rupture.  »

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Consultant innovateur dans le domaine des RH et des TIC, Stéphane Poignant décrypte via sa plateforme, l’impact du digital et du numérique sur la fonction RH. Concepteur, formateur au CEPRECO (CCI de Lille), chez IFOCOP, CESI, PIGIER, il est chargé d'enseignement au CNAM de Lille. Stéphane Poignant a créé et a animé Indice RH, site Média de référence dans les Ressources Humaines durant une dizaine d’années.